Article publié le 1er Avril 2012. ;o)

Les immortels, comme on les appelle, sont les 40 sages gardiens de la langue Française. Leur rôle ? Editer à intervalle régulier un dictionnaire normalisant la langue française. Depuis 1694, 8 dictionnaires de l’académie française se sont succédés. Le 9ème est en cours d’élaboration.

On sait peu de choses sur ce 9ème dictionnaire, si ce n’est qu’à une récente soirée au Lieu du Design, un de ces immortels (dont nous tairons le nom par courtoisie) était présent. Nous avons pu avoir une longue discussion avec notre ami autour du mot « design »…

Car il faut savoir que, si les instances représentatives du design en France soutiennent que le mot design est un mot d’origine latine, les immortels et autres défenseurs de la langue Française ne sont guère d’accord est soutiennent, eux, que ce mot flaire bon l’anglois qui pourtant fut bouté hors de France par la pucelle Jeanne et devrait être tenu hors de son dictionnaire par ses zélés gardiens ! Plusieurs propositions se sont succédées dont « Esthétique industrielle » (Jaques Viennot), « Stylique » (Loi Toubon) et plus récemment : Conception de modèle (INSEE).

Notre ami, citant Voltaire et de Gaulle, nous expliquait que l’Académie prenait l’affaire très au sérieux depuis que le design a ses représentants au ministère de l’industrie et se faisait fort de traiter le problème dans la prochaine édition du Grand Dictionnaire.

Vous pensez bien que nous nous mîmes à cuisiner le compère, organisant une chaîne pour lui apporter au fil de la conversation de quoi remplir son gosier et rendre sa langue plus agile… Etre immortel semble aussi conférer une certaine résistance au champagne et c’est au bout du 6ème verre que notre ami lâcha cette phrase qui resta gravée en mon esprit :

« Nous vous avons compris ! le design n’est pas seulement de l’art. Le design, c’est l’art de la conception… Vous dessinez, certes, mais vous dessinez à dessein, comme le fait remarquer si justement Mme Borja de Mozota dans son livre. »

*Pause* : Nous restâmes totalement éberlués, convaincu qu’enfin notre cause était gagné, si les immortels maintenant se mettaient à lire les ouvrages de recherche en management du design parmi les plus complets qui aient été édités…

« Nous vous avons compris et, j’ai envie de dire, nous pensons que la vérité doit être rétablie. Le design, c’est dessiner à dessein, et ce mot, dessein, est central dans votre profession. On l’oublie trop souvent… C’est pourquoi, tout en redonnant au mot toutes ses lettres de noblesse françaises… J’ai bien dit Française ! Nous avons décidé d’y associer en même temps cette notion de dessein. Je peux vous le dire, si vous promettez que cela reste entre nous… » Ce à quoi, nous ne promîmes rien, bien entendu… « Je peux vous le dire… Le mot design sera désormais desseign ! Le verbe designer deviendra desseignir, ce afin de palier à la surabondance de verbes du premier groupe, et le designer sera désormais un desseigner ».

*Pause*, *Restâmes scotché*, *Eric manque de s’étrangler, renverse son verre et, pris d’un fou rire, s’éloigne du groupe et se perd dans la foule… Nicolas semble comme hypnotisé par les bulles de son champagne. Armel lâche un mot que je ne répéterai pas et se cogne la tête contre mon épaule, entre le rire et l’hallucination, en répétant « c’est pas vrai, c’est pas vrai« … Je reste stoïque, voire stone, me demandant comment répondre à cela…*

Devant la scène notre ami semble ressentir le malaise au travers du voile de l’alcool, prend de la hauteur et nous demande, visiblement agacé : « Cela ne vous plait pas ? »

Je m’apprête à lui répondre, après tout, nous ne sommes que de petits designers, qui sommes nous pour décider du nom de notre métier face à la grande sagesses des académiciens… Quand Nicolas tenta une approche plus diplomatique : « Pourquoi utiliser un mot aussi compliqué à prononcer et que personne ne comprendra ? Après tout, design est un mot latin qui est largement passé dans le français courant… »

S’ensuivit une grande discussion sur l’étymologie du mot, au cours de laquelle nous comprîmes que le mot pourrait bien avoir transité par l’anglais entre temps et que c’était cela, justement qui posait problème. Oui, bha, car si le mot était venu directement du latin, sans qu’on y voit un passage par l’anglais, cela n’aurait bien évidemment posé aucun problème. Toujours est-il que le mot latin semble bien être « designare », à l’infinitif, ou « designo ». « Design, design ! », nous exclamâmes. « Design est bien la racine de ces mots… ».

Sa proéminence poussa alors un long soupir, tel un professeur devant une classe dissipé qui ne semble pas comprendre la sagesse de son enseignement, et prit congé pour aller parler avec les représentants de la cité de sujets plus consensuels…

Nous le regardâmes nous tourner le dos en maugréant : « Deseign, designare, designo… Hum… Designerir ? Designa ?…  Dissigna ? »