L’expression « objet design », une arnaque montée pour la com ?

 

En ces temps de crise, les « objets design » agacent les gens. Trop chers (90%), peu chaleureux (57%), pas faits pour eux (55%)…

Mais attention, qu’appelle-t-on un « objet design » ?

Le design est la profession qui conçoit les fonctions et les formes, la partie visible et sensible des produits, la manière dont ils vont être utilisés. La plupart des objets de grande consommation sont conçus par des designers.

Beaucoup trop de français confondent le design en tant que profession et le « style grand design » utilisé par certains designers de mobilier contemporain. L’emploi de ce style n’est qu’une manière de positionner le produit dans le haut de gamme. Le design, lui, crée des produits pour toutes les gammes.

Si on regarde les concours de design comme l’Observeur du design ou les Janus de l’industrie on remarque qu’is récompensent des produits en toute sorte : tournevis, bouteille de gaz, matériel de camping, matériel médical armoire éléctrique…

Le design est partout autour de nous. Son rôle est de faire en sorte que les produits soient adaptés à l’utilisateur, qu’ils renvoient une certaine image de qualité, qu’on reconnaisse la marque qui les a fabriqué, qu’ils soient simples d’utilisation, qu’ils plaisent, etc. Le design est bien souvent une profession anonyme. Au même titre qu’on ne connais pas les ingénieurs et les marketeurs derrière le produit, on en connait rarement le designer.

Quand on voit un produit « signé par un tel designer » c’est surtout une opération de com qui joue sur la naïveté du public qui ne sait pas que le produit d’à coté à aussi été créé par un designer. Parfois effectivement le designer est connu, prenons Starck par exemple, alors le fait de mettre en avant le nom du designer va effectivement être un argument de vente, mais tout ceci est bien artificiel… La communication a galvaudé le mot design. Si les « objets design » sont en réalité une gamme de produit « class », ce qui en soit ne saurait-être une arnaque du moment que la gamme trouve son public, cet emploi du mot design par la com, lui, est bien une arnaque. C’est une arnaque pour la profession car du coup le grand public ne comprends plus ce que fait la profession. C’est une arnaque pour le public car finalement on lui vends du vent. On lui fait croire que ce produit est le seul a avoir été créé par un designer, c’est faux, celui d’à coté aussi. Le terme « design » est devenu une fausse preuve de positionnement « haut de gamme » qui joue sur l’illusion infondée que le design est rare.

A coté de cette chaise « design » il y a cette chaise « magasin » qui est plus sympa, moins chère mais qui fait moins class. On se dit que la chaise « design » est mieux, on a envie de l’avoir, c’est un peu comme avoir une voiture de luxe… Puis on se dit, non, c’est trop cher, et puis finalement c’est pompeux et inutilement tape à l’oeuil. La chaise du magasin est très belle aussi. Elle fait moins class certes mais elle est plus discrète, plus sympa, s’intégrera parfaitement chez moi. Et voilà… On finit par acheter la chaise la moins chère, tout en s’étant bien monté le bourichon contre la chaise « design ».

En réalité nous n’avons rien perdu au change car la chaise qu’on a acheté a aussi été crée par un designer. Elle a simplement été conçu pour être plus humble, sympathique, belle sans faire trop class, à notre portée. La com n’a pas jugé utile d’en faire des tonnes en faisant signer le designer, mais il était bien là… Acteur anonyme du processus de conception.

Quand on se dit que la plupart des objets de la vie courante sont créés par des designers, est-ce qu’il faut regarder son tournevis différemment ou est-ce qu’il faut, au contraire, regarder cette « chaise design » avec plus de recul ?

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Crée de nouveaux produits. Blog sur le design, l'industrie, l'innovation...

12 Comments

  1. gaspard 6 octobre 2010 at 10 h 57 min - Reply

    Merci de rétablir les choses… y’a du boulot! 🙂

  2. Laurent MARTIN 7 octobre 2010 at 9 h 22 min - Reply

    J’avais tweeté cet article en mettant le mot design entre guillemets. Le terme y est ici effectivement employé à mauvais escient. Mais je pense qu’il est loin d’être dénué d’intérêt.

    Déjà, il faut bien voir que pour le grand public le « design » c’est de la « déco branchée ». Alors comment appeler ça autrement dans un sondage… D’autant plus que les résultats eux même montrent que ce « design » n’a qu’un succès dans les élites, puisque la plupart trouvent les objets trop chers…

    Mais si l’emploi du mot design comme adjectif, parait effectivement être un abus de langage, il ne faut pas oublier que ces objet on bel et bien été designé! Si Starck (pour reprendre l’exemple) dessine une chaise « class », éditée par Kartell, et vendu plus de 400€, c’est qu’il y a un raison, et une bonne (au moins dans le jugement du couple éditeur/designer). C’est parce qu’une clientèle élitiste désire avoir un objet moderne, confortable, agréable à l’œil, qui corresponde à ses codes, d’une finition irréprochable, et que peu de personnes ne peuvent posséder (ou seulement celles de même catégorie socioprofessionnelle). L’association à un designer connu, sera un plus pour sa valorisation. L’objet répond donc à un « besoin » du marché, et c’est l’œuvre de l’étude design dans le positionnement du produit par rapport au désir du marketing de l’éditeur. Et mettre en avant la valeur « design » du produit et l’action du designer star et une composant intrinsèque de la stratégie de conception du produit. Dans le mobilier l’abus est fréquent mais les démarches sont similaires dans le high-tech ou l’automobile.

    A l’opposé, on peut faire le même constat avec le produit Ikea, qui lui touche un publique plus large, mais est aussi l’œuvre d’une étude design ou bien encore Décathlon qui fonde toute sa stratégie sur le design, pour fournir de bon produit à des prix plancher. On cherche certes plus à toucher l’étudiant ou le jeune couple, en fournissant des astuces gains de place sympa à pas cher, ou des articles pour sportifs amateurs, que le cadre quadra ou le sportif accomplis, mais la démarche est la même.

    Donc à partir d’une même démarche, le positionnement haut de gamme (ou pas) est l’œuvre commune du marketing et du designer lui même.

    Il faut donc bien faire attention de sanctionner l’abus de langage et de communication, et non le regret de ne pas faire partie de la cible de l’éditeur du produit (en particulier sur le plan tarifaire).

  3. Thibaut Deveraux 7 octobre 2010 at 12 h 09 min - Reply

    Effectivement le titre est provocateur, comme souligné dans l’article les objets communément appelés « objets design » ne sont pas une arnaque. Ce qui est en revanche devenu un énorme problème pour la profession c’est le fait que l’emploi de ce terme à mauvais escient finit par apporter une confusion néfaste à la compréhension de la valeur ajoutée du design dans l’esprit du public.

  4. Laurent MARTIN 7 octobre 2010 at 19 h 02 min - Reply

    Oui bien sur, je suis entièrement d’accord avec toi!
    Mais je tenais juste à dire que c’est l’activité elle même qui dans ses résultats a créé l’amalgame (involontairement bien sur) aux yeux du grand public. Si le design a créé une série d’objet inscrit dans leur temps qui correspondait à des besoins et des styles du moment il est évident que pour le plus grand nombre le design c’était ça. Et la profession est devenue un nom commun, et même un adjectif au titre de ses réalisations. C’est le même principe que Frigidaire pour un réfrigérateur et Caddie pour un chariot de supermarché. Et je pense qu’il sera plus vain de se battre contre l’usage du nom, que de dépenser cette énergie à montrer sa valeur ajoutée (cf. l’expo Design & Anjou dans la rubrique actualité qui me plait bien dans sa démarche).
    Je dis ça, je l’ai un peu vécu (même si je n’y suis plus) et je comprends la difficulté, mais je pense que tant que le design ne sera pas expliqué dès les études supérieures, la sensibilisation au design des prospects est une étape incontournable de la démarche commerciale.

  5. Thibaut Deveraux 7 octobre 2010 at 22 h 50 min - Reply

    Je suis d’accord, les problématiques de perception du design par le grand public sont dues avant tout à l’activité elle même et, dans les milieux business, beaucoup au manque d’action collective au sein du design pour communiquer.

    Les dérives ne sont que le résultat de tout cela. Si le mot « design » était utilisé dans tous les contextes, au lieu d’être simplement utilisé quand il s’agit de positionner un produit haut de gamme, cela serai sans doute un progrès.

    La sensibilisation au design est en marche dans les études supérieures. Audencia, IFMA, Centrale, Euromed, ESSEC, UTC/UTBM, ESC Troyes, ESC Grenoble… Autant d’écoles qui s’y mettent.

    Malheureusement cela reste souvent une option ce qui fait que tous les élèves n’en profitent pas. Or sans savoir le situer dès le départ rien ne leur indique que cette option est en fait utile à tous les décideurs impactant le cahier des charges produit ou l’organisation de l’entreprise. Du coup un certain nombre passent à coté.

    Dans une certaine école d’ingénieur l’option a même été supprimée dans les remaniements après l’arrivée d’un directeur plus « old school »…

    C’est plus précisément le design management, les modes d’intégration du design dans l’entreprise et au cours des projets, qui devraient être au programme régulier de ceux qui en ont besoin comme le marketing, les Rh, le management, les ingénieurs conception…

    Pour établir ces programmes il faut renforcer la recherche en sciences de gestion spécialisée sur le design. C’est pour cela, entre autres, qu’il est intéressant de relayer ici les actions de la recherche en design.

    Peut-être qu’avec les contenus synthétisés sur Design Keys nous pourrons éditer un fascicule destiné aux étudiants en école de management permettant de comprendre comment utiliser au mieux le design pour maximiser sa valeur ajoutée dans l’entreprise. 😉

  6. Laurent MARTIN 8 octobre 2010 at 8 h 47 min - Reply

    C’est une très bonne idée! Rendez vous dans quelques articles pour une première version…

    C’est clair que la formation est un peu limite. Pour avoir suivit pendant trois ans un cursus de licence et master autour de l’innovation, le design à tout juste été évoqué. On étudie la créativité, des outils d’innovation et de modélisation en vue de résolution de problèmes, la détection d’opportunités, le marketing de l’innovation mais même pas un petit module sur le design… qui pour moi est pourtant un formidable vecteur d’innovation. C’est dommage, alors qu’en quelques heures il est pourtant facile de faire comprendre à des étudiants qu’un designer a une toute a une toute autre valeur ajoutée que de faire de jolis dessins…

  7. Johann Paquelier 20 octobre 2010 at 14 h 00 min - Reply

    « Et je pense qu’il sera plus vain de se battre contre l’usage du nom, que de dépenser cette énergie à montrer sa valeur ajoutée » : très bien dit! En espérant que l’explication de cette VA puisse aboutir non pas à une définition, mais à une clarification du terme « design » et de ses emplois.

  8. Laurent MARTIN 28 novembre 2010 at 10 h 14 min - Reply

    Petit article que j’ai trouvé pas mal sur le sujet : http://www.leprogres.fr/fr/region/la-loire/loire/article/4223174/Non-le-design-n-est-pas-un-objet-c-est-un-outil.html

    Plus que le contenu, qui n’est pas une révolution, le fait qu’un « grand » média transmette le message est intéressant.

  9. Gabriel 6 décembre 2010 at 8 h 02 min - Reply

    Article intéressant quoi que virulent. Le « brand » design est un outil et le mon du designer une marque.
    Stark vent plus sa marque que son design. On ne peut pas nier qu’il y a des mauvais design et des bon design.
    Dans cet article, je m’interroge sur deux points :

    1. Où situes-tu le designer ? Concepteur/ergonome ? De quel « design » parle-t-on ?
    2. Si la chaise monoprix dont tu parles était marqué « Designé par Lamarche » est-ce qu’elle aurait plus attiré les clients que si elle était simplement étiqueté Monoprix ? Aurais-tu des sources sur ce style de comparaison ?

    Bonne journée !

  10. Thibaut Deveraux 7 décembre 2010 at 10 h 08 min - Reply

    Bonjour Gabriel,

    Le ton est en effet provocateur. C’est voulu, cela fait réagir.

    1/ On parle ici de toutes les approches design dans le domaine du produit physique. Cet article rappelle que le design des produits n’est pas *que* le grand design mobilier.

    2/ Oui, des études montrent que le fait de mettre le nom du designer a un impact positif sur les ventes. Ce genre d’étude se base sur les expériences qui ont été tentées donc on peut estimer que cela a été fait dans des cadres où le marketing a bien évalué l’intérêt de l’opération en amont. Par ex. sur des objets d’estime.

  11. Design produit 30 décembre 2010 at 19 h 39 min - Reply

    […] –  L’expression « objet design », une arnaque montée pour la com ? […]

  12. Léa 27 octobre 2013 at 10 h 35 min - Reply

    Le fait est qu’il faudrait rendre ce type d’article plus visible aux yeux de tous.

    Étant étudiante en design j’approuve justement ce qui est dit. Je cherche à expliquer à mon environnement familial ce qu’est le design: ils ne me comprennent pas toujours et partent la plupart du temps avec un a priori ou me traitent d’artiste (il faut dire que je suis celle qui chez les grand parents faisait des taches de peinture sur la nappe à encore 18 ans, ça laisse des traces…).

    Le fait est qu’il y a une réelle difficulté à fournir un autre type de message clair quand au final on vous dit « oui mais tu dessines une forme donc c’est esthétique, comme la pub Renault ».
    Et là on doit avoir un des exemples les plus probants de contre-design en cette année 2013: la pub Renault (et finalement les pubs de voiture en général). Je crois que que nous ne pouvons pas échapper au mot design de cette publicité sans jamais en comprendre un autre sens que « nous avons mis de belles couleurs à votre voiture: vous aurez trop la classe dedans, vous parlerez cinéma, art, diamants et brillerez en société. Comme vos jantes ! ».
    Mais entend-t-on parler une seule fois du moteur ou de sa consommation ? Je ne pense pas qu’un designer de chez Renault (ou autre) ne soit qu’un « esthétiseur ».
    Bien sûr que le design est ambigu. Car il est aussi évolutif. Si on prend l’exemple de Gaetano Pesce qui décide d’exposer des objets ou de la nourriture qui puisse être mangée, il y a une ambiguïté entre l’objet de production manufacturière et celui d’art. Mais ici, sa démarche est ancrée dans le réel, dans l’espace d’exposition ouvert que les individus peuvent s’approprier. Le magasin qui est aussi un espace d’exposition met pourtant une distance réelle entre l’objet et l’individu: la chaise en vitrine n’est qu’une image au même titre qu’une page internet.
    Et après tout c’est peut être aussi cela que chacun ressent: un rejet de notre catégorie sociale par l’objet. Or ce n’est pas l’objet qui nous rejette, mais la manière dont il est présenté et ainsi qui nous ramène à ce dont vous parliez: le design présenté comme « une fausse preuve de positionnement « haut de gamme » qui joue sur l’illusion infondée que le design est rare ». Réellement.

    Toutes les questions que l’on doit se poser en amont d’une production comptent. Et elles ne sont pas que d’ordre esthétique: elles sont politiques, économiques, sociologiques, anthropologiques…
    Le design est pluriel. Mais je pense malheureusement qu’il puisse être aussi perverti par des diktats de com pas toujours orienté vers le bien être de l’individu, mais plus par son porte monnaie.

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