Ils neutralisent la pollution au Chrome VI… avec de la Vitamine C.

Peut être avez-vous vu le film “Erin Brockovich, seule contre tous” ? Une mère de famille découvre que la Pacific Gas and Electric Company rachète une par une toutes les maisons, dans un secteur où les habitants sont touchés par de graves problèmes de santé. Décidée à mener l’enquête, elle finit par comprendre que ces personnes sont empoisonnées au Chrome VI présent dans l’eau normalement potable. S’en suit un long combat pour obtenir l’indemnisation des victimes, tandis que l’entreprise continue à empoisonner les eaux…Il s’agit d’une histoire vraie qui a eu lieu entre 1993 et 1996.

 

Le Chrome VI est un état fortement oxydé du Chrome qui n’existe pas dans la nature. Seule l’activité humaine peut en produire. Le Chrome VI est très réactif et toxique. Il peut provoquer des cancers, des maladies de la peau, de l’asthme, des dommages aux organes, une altération de l’ADN… A l’inverse, le Chrome III existe à l’état naturel et constitue l’état réduit du chrome. Il s’agit d’un oligo-élément nécessaire au fonctionnement du corps. Le Chrome VI est pourtant rejeté par de nombreuses industries. 90% des bains de tannage l’utilisent, les bains pour le traitement de surface également. Les chrome VI est également présent dans les eaux (ou laitances) des centrales à béton, il est aussi rejeté par les mines de chrome et certaines industries métallurgiques…

 

Il existe bien des techniques pour le traiter, tel que la réduction du chrome VI via ajout de bisulfite de sodium. Cette solution est utilisée notamment dans la métallurgie où elle est facilitée par le pH acide des effluents. Cependant, dans l’industrie du béton, par exemple, cette technique reviendrait très chère par l’obligation de ramener des effluents très basiques à un pH acide afin de réaliser la réduction puis de ramener l’effluent à un pH neutre pour pouvoir le rejeter. En conséquence, les eaux usées des centrales à béton sont traitées en terme de pH et matières en suspensions, mais le Chrome VI est toujours là. Ainsi, un agent cancérigène et très soluble se diffuse dans les rivières et les nappes phréatiques et s’accumule dans les cultures…

 

Comme vous vous en doutez, il y a eu de nombreux scandales. Mais au-delà de ces exemples à grande échelle, la pollution locale reste forte et à force d’ingérer différentes substances de ce type, on en arrive à de gros dégâts… C’est là que les collaborateurs de la société MS, spécialisée dans le traitement des eaux, ont fini par trouver un produit naturel capable de traiter le Chrome VI. Cela lui a d’ailleurs valu un Trophée « Ecotechnologie Innovante » bien mérité, remis en Septembre 2017 par la maison Innovergne. Ce produit vous le connaissez, c’est la Vitamine C. Cette vitamine a la propriété de réduire à pH neutre les molécules oxydées avec lesquelles elle entre en contact. Elle peut ainsi ramener le Chrome VI dans son état naturel : le Chrome III. L’étude a été menée en collaboration avec l’institut de chimie de Clermont Ferrand et a fait intervenir plusieurs acteurs publics qui ont joué le rôle de facilitateur ou apporté des financements. Deux prototypes industriels sont en fonctionnement et traitent actuellement des milliers de mètres cubes d’eau, à Calais et à Paris. On espère en voir fleurir un peu partout et être enfin débarrassé d’un des polluants cancérigènes qui nous empoisonnent…

 

// Interview d’Alexandre Guillaume, dirigeant de MS.

 

Cécile et Alexandre Guillaume, dirigeants de MS.

Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ? Votre parcours, vos affinités ? 

Je dirige avec ma sœur depuis 2005 la PME familiale MS basée à Veyre Monton au sud de Clermont Fd impliquant près de 90 collaborateurs pour un CA d’environ 20 M€ dont les ¾ à l’export ces dernières années. Nous avons d’ailleurs fêté en 2016 les 40 ans de l’entreprise crée par notre père.

 

Que fait MS ? 

Acteur engagé autour des solutions de préservation de l’eau pour le BTP et les industries. Plus de la moitié de notre activité provient aujourd’hui de la conception et de l’installation d’usines de traitement des boues de forage pour les grands projets de tunnels dans le monde (Hong Kong, Le Caire, Glasgow, Londres, Nice ces dernières années). Et avec le grand Paris, de nombreuses opportunités s’offrent à nous et donc un besoin d’innover et de recruter.

 

Comment en êtes vous arrivé à travailler sur ce projet ? 

Une histoire d’Homme, comme toujours, à savoir une demande d’un responsable technique travaillant chez un acteur majeur du BTP soucieux de l’environnement. Et après le fameux «comment transformer la contrainte en opportunité » ?

 

Comment vous êtes-vous débrouillé comment pour avancer ?

Recherche d’un partenaire spécialisé en chimie via le cluster E2IA, ainsi nous avons été mis en relation avec Gilles Mailhot, directeur de recherches au CNRS et à l’ICCF (institut de chimie de Clermont fd). Ce fut une très belle rencontre avec Gilles qui est devenu un proche depuis et avec qui nous avons ciblé de nombreux autres sujets de développement.

 

Vous avez peut être imaginé plusieurs approches ?

Beaucoup de techniques de traitement du chrome VI, depuis les techniques les plus théoriques (photo catalyse) jusqu’aux plus connues (bisulfite de sodium). Il est en ressorti que la vitamine C représente le meilleur compromis technique, économique et environnemental.

 

Finalement, qu’est-ce qui a emporté la décision ?

Parce que la solution autour de la vitamine C est la meilleure, et de loin, pour l’environnement. Le fait que la réduction du chrome VI en chrome III via l’ajout de vitamine C se réalise à pH neutre est aussi un avantage.

 

Il y a du y avoir encore beaucoup de travail pour passer du concept à un système industriel ?

Près de 4 ans se sont écoulés entre le début projet et la mise en service du premier prototype. Près de 500 k€ ont été dépensé en recherches et en matériel pour arriver au bout de 1er prototype.

 

Et au bout du bout… Satisfait ? Qu’a apporté ce projet ? A vous même, aux utilisateurs ?

Une grande satisfaction à la fois dans le travail collaboratif et dans la concrétisation de l’outil industriel.
La grande simplicité apparente aussi de cette innovation est remarquable ou « comment faire de jamais vu avec du déjà là »
Maintenant, il y a néanmoins une impatience de voir se concrétiser commercialement et durablement la mise en place d’unités de traitement.

 

J’imagine que vous n’allez pas vous arrêter là… Ne serait-ce pas indiscret de vous demander ce qui pourrait bientôt nous surprendre ?

Nous cherchons à apporter des réponses concrètes et performantes à des problématiques pour la préservation de l’eau.
Notre thème actuel de recherche qui est déjà bien avancé porte sur l’élimination des sulfates.

 

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Crée de nouveaux produits.
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