#Interview – B.Sensory et le Little Bird, quand les mots deviennent caresses…

Aujourd’hui Crea.Coffee reçoit Christel Le Coq, fondatrice de la startup E.Sensory. Son premier produit, B.Sensory, est à la fois une application et un un drôle de petit objet – le Little Bird – premier sextoy synchronisé à une application de lecture de livres érotiques. Grâce à lui, lire devient une véritable expérience sensorielle. B.Sensory a été récompensé d’un CES Innovation Award en janvier 2016 dans la catégorie « Wearable technologies ».

 

Christel Le Coq, fondatrice de B.Sensory – Photo Olivier Ezratty

 

Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ? Votre parcours, vos affinités…

J’ai 43 ans, je suis mariée, mère de deux adolescentes, diplômée en communication tombée par accident dans l’univers des startups en 2008 après 15 années passées en agence et dans différentes structures, notamment 8 ans dans une école d’ingénieurs en tant que Dircom.

Comment en êtes vous arrivée à travailler sur B.Sensory ?

De 2009 à 2014, j’ai été associée dans une startup spécialisée dans le développement d’applications de solutions de réalité augmentée. J’ai notamment travaillé avec des éditeurs sur les nouveaux usages de lecture liés à l’apparition des smartphones, tablettes et sur les liens possibles entre le réel et le virtuel, sur la complémentarité entre le papier et les contenus multimédias. Une expérience passionnante qui m’a permis d’allier mon amour de la lecture et des nouvelles technologies. A cette époque, la thématique était bien de savoir comment enrichir le papier et lui donner plus de valeur. J’entendais souvent «moi, je ne lirai jamais en numérique, je ne veux pas perdre le contact avec l’objet, avec le papier, son odeur »… Comme si l’attachement aux livres venait beaucoup plus des sensations issues de l’objet que du contenu. C’est comme ça que j’ai commencé à développer le concept de lecture numérique sensorielle avec l’idée de procurer aux utilisateurs de véritables sensations physiques déclenchées automatiquement en fonction de ce qu’ils lisent, regardent, écoutent,… Le but est de re-donner une réalité physique aux contenus dématérialisés, d’amplifier les émotions et d’imaginer de nouvelles expériences de lecture plus immersives où le corps fait partie intégrante de l’histoire. Ensuite il a fallu choisir une première ligne de busines. L’érotisme était pour moi une évidence. D’abord parce que la littérature érotique donne par essence beaucoup de sensations physiques, y ajouter une dimension ludique semblait assez cohérent, ensuite parce qu’il y a un vrai marché et des usages déjà installés.

Quelles ont été les réactions autour de vous lorsque vous avez dit vouloir vous lancer dans la littérature érotique connectée ?

La première réaction est en général un grand éclat de rire ! Ensuite j’explique le concept, le potentiel du marché et ça se passe plutôt bien.

Vous n’étiez peut être pas seule, qui étaient les autres ?

J’étais seule à l’étape de réflexion, de formalisation du concept, j’ai très vite été rejoint par mon associé, Nicolas, ingénieur de formation qui est toujours à mes côtés. Et puis j’ai eu la chance de démarrer mon projet dans une cantine numérique; à Brest, et de rencontrer de jeunes développeurs qui ont donné naissance au système qui comprend une plateforme permettant notamment d’augmenter les ouvrages, une application pour lire en version standard ou vibrante, piloter le toy, et un site de vente.

Quelle a été votre démarche pour avancer sur le projet ?

J’ai commencé par participer à de nombreux concours de startups, pour valider l’intérêt du concept, protéger l’idée et trouver des partenaires. Ensuite je suis passée aux étapes de création de la société, recherche d’aides, d’investisseurs, constitution de l’équipe…
En parallèle nous avons travaillé avec un designer industriel à la création de l’objet, la recherche d’éditeurs, d’auteurs… avant d’entamer les phases de prototypage.
Au démarrage, fin 2014, nous avions un objectif, présenter le Little Bird au CES de janvier 2016. C’était ambitieux mais motivant, et nous avons réussi en gagnant même un CES Innovation Award dans la catégorie Wearable technologies. Ensuite, la route a été beaucoup plus difficile que prévu avec beaucoup de problèmes pour passer en phase d’industrialisation et trouver des financements, l’érotisme n’étant pas politiquement correct.

Qu’est-ce qui vous est passé par là tête ? Vous avez peut être imaginé plusieurs concepts ?

Nous avons beaucoup d’autres idées liées à notre plateforme que nous présentons comme l’iTunes des objets connectés mais le service B.Sensory est au final très proche du concept de départ qui était déjà « lisez, vibrez ! ».

Finalement, qu’est-ce qui a emporté la décision ?

Nous avions très envie de travailler avec du textile connecté mais la techo n’était pas encore mature au démarrage du projet. Il était plus simple – même si c’est extrêmement complexe ! – de faire un sextoy connecté qu’un tshirt capable de transmettre du chaud, du froid, des frissons…
La décision était logique et pragmatique. Personne n’a de doute sur le potentiel du marché érotique. Le problème, que j’avais clairement sous-estimé, étant la capacité à financer cette option stratégique.

Et au bout du bout… Satisfait ? Qu’a apporté ce projet ? A vous même, aux utilisatrices ?

Oui, satisfaite d’avoir réussi à concrétiser l’idée, d’avoir mis sur le marché un produit/ service qui n’existait pas, de découvrir de nouveaux auteurs. Le projet était ambitieux et je suis fière de la qualité du Little Bird, du service que nous proposons. Contente aussi de la richesse de l’expérience humaine vécue, des rencontres. Ce projet m’a changée. Je ne pensais pas être capable de faire autant, de résister à tant d’épreuves. J’ai dû m’engager au-delà de ce que j’imaginais, sur de nombreux sujets et cela a donné encore plus de sens à l’entreprise. Je pense notamment à la dimension féministe de B.Sensory, à la prise de consciente que rien n’ai jamais acquis, que le plaisir féminin est un sujet extrêmement politique et que même si nous avons la chance d’être dans un pays libre, avec beaucoup de droits, nous devons rester vigilant.e.s. Je pense aussi à la question de l’entrepreneuriat au féminin. Capital vient récemment de montrer qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire notamment en terme de représentations ! Je connais beaucoup de startupeuses, de cheffes d’entreprises, qui habitent comme moi très loin de Paris et qui portent des projets innovant, ambitieux, et il faut que nous soyons encore plus nombreuses ! Côté utilisatrices, j’espère que nous apportons du plaisir, de bons moments de lecture et de bonheur partagés ou pas avec son partenaire !

J’imagine que vous n’allez pas vous arrêter là… Ce ne serait pas indiscret de vous demander ce qui pourrait bientôt nous surprendre ?

J’ai évidemment des dizaines d’idées à la fois pour B.Sensory et E.Sensory. Nous n’avons pas encore « joué » avec l’audio, la vidéo, les contenus VR… ce qui laisse vraiment de nombreux services à imaginer en association avec d’autres objets, avec des combinaisons haptiques… La dimension sensorielle renforce la qualité, la puissante des expériences numériques, je suis convaincue qu’elle fera partie intégrante de nombreuses offres dans les années avenir. Reste qu’aujourd’hui notre priorité reste de trouver le développement commercial et l’internationalisation de B.Sensory et la recherche de nouveaux investisseurs pour consolider la plateforme.

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About the Author:

Christel Le Coq
Founder & CEO E.Sensory, créatrice de la marque B.Sensory. La première thématique explorée par E.Sensory porte sur la lecture numérique sensorielle. L’idée est de procurer aux lecteurs, via différents supports connectés, de véritables sensations physiques (vibrations, caresses, chaleur) déclenchées automatiquement en fonction de ce qu’ils lisent, regardent, écoutent, touchent... La première marque développée, B.Sensory, est dédiée à la lecture de contenus "coquins" mais d'autres projets sont en cours de développement notamment une offre de lecture "audio-sensorielle".

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