La veille en conception produit : technologique, concurrentielle, créative, marché…

 

Cet article est ma réponse à la question « Que veut dire « faire une veille » et comment l’appliquer le mieux possible ? » posée sur la version française de Quora, un site de Questions/Réponses que je vous recommande pour sa capacité à cibler des experts du domaine lié à la question.

Je ne suis pas un expert spécialisé sur la veille donc je ne vais pas refaire l’article « Veille en entreprise » de Wikipédia qui balaye différents aspects de la veille. Je vais essayer plutôt de parler de ma veille, avec quelques digressions. Étant entendu qu’elle reste largement perfectible. Cela permet d’illustrer les choses, de donner des idées et d’échanger sur le sujet…

 

Pourquoi la veille ?

Je pratique une veille sur l’innovation, la conception de produit et le design. Ce pour plusieurs raisons :

  • Parce que je m’occupe moi même de projets de conception produit. Cela me permet donc de me tenir informé de sujets importants tel que des avancées technologiques, de nouveaux usages, de nouveaux business models… Ces informations sont une source d’inspiration et de données importante pour la conception.
  • Parce que j’aime tout ce qui a trait à l’innovation.
  • Parce que (et pour cela) je twitte et tiens un blog sur ces sujets.

 

Où trouver les informations ?

C’est la question la plus importante pour démarrer une veille.

Les exemples de nouveaux produits (éventuellement concurrents) et de nouveaux business models sont plus facilement disponibles lorsqu’une entreprise souhaite faire sa promotion. Il peut être intéressant de suivre quelques entreprises et incubateurs clef du secteur d’activité auquel on appartient et des secteurs qui inspirent les nouvelles tendances.

De même, les informations les plus techniques deviennent souvent disponibles à partir du moment où elles intègrent l’offre d’une entreprise sous traitante qui souhaite en faire la promotion. Il peut donc être particulièrement intéressant de suivre les informations promotionnelles de quelques fournisseurs clefs. Citons par exemple les fournisseurs de matière les plus innovants, comme Sandvik, Aubert & Duval, Constellium… ou les spécialistes du traitement de surface, comme HEF, ThermiLyon, Bodycote…

Elles sont également disponibles lorsqu’une entreprise publie un brevet. Il est particulièrement important de suivre les publications de brevets de ses concurrents. Cela peut se faire via plusieurs sites comme Espacenet ou même via Google patents.

Elles peuvent être également disponibles assez tôt via des publications de recherche universitaire. On peut les trouver via des moteurs spécialisés comme Google Scholar et d’autres

 

Arrivé à ce stade, on a les moyens de suivre un panel d’entreprise ciblées sur son secteur d’activité. Toutefois suivre plus qu’un panel réduit par ce moyen peut vite s’avérer plus que chronophage… C’est là qu’il devient intéressant de “suivre” ceux qui partagent une veille :

  • Beaucoup d’organismes comme le Centre technique des industries mécaniques réalisent une veille synthétique qu’ils mettent à disposition de leurs adhérents. Si l’accès à ce type de veille a un coût, ce sont bien souvent les sources de meilleur qualité. La veille est très ciblée, très synthétique et bien souvent unique par son degré de technicité.
  • Dans la même veine, les conférences spécialisées sont souvent une excellente occasion d’approfondir tel ou tel sujet et de discuter, en face à face, avec des experts, des fournisseurs, des collègues, pour s’informer ou avancer ensemble sur un sujet.
  • La veille autour des actualités, des nouveaux business models et des technologies émergentes que tout le monde doit connaître intéresse -justement- beaucoup plus de monde. Elle est donc accessible pour un coût moindre, voir gratuitement, auprès de médias spécialisés. Une référence dans le secteur de l’industrie est, bien entendu, l’usine nouvelle.
  • La veille sur les nouveaux produits et tendances est disponible via tout un panel de blogs sur l’innovation, la prospective et le design. J’ai réalisé une liste ici, cliquer sur sur les rectangles gris qui vous semble pertinents pour votre secteur : Une petite liste de sites, blogs et magazines pour la veille design…
  • Les agences de design et cabinet de conseil réalisent pour la plupart leur propre veille. Certains en font même une spécialité comme NellyRodi pour la mode, Gartner, un mastodonte généraliste dans les technologies ou Forrester, qui lie marché et technologies.
  • La veille spécialisée sur les différents secteurs produit est bien souvent disponible via les salons dédiés à ce secteur. Par exemple le METS pour le nautisme. Il existe aussi souvent des médias spécialisés. On pourra citer Bateaux.com pour les produits nautiques ou le magazine Voiles et Voiliers.
  • Enfin, beaucoup de nos collègues qui veillent ont la bonne idée de partager le fruit de leur veille en quelques clics sur les réseaux sociaux. Il devient dès lors intéressant de les suivre sur Facebook, LinkedIn, Twitter…

 

Comment centraliser et synthétiser ces informations ?

Une fois la liste des sources définie on se dit qu’il serait plutôt intéressant de centraliser les gros titres quelque part, de faire un tri -si possible automatique- afin de les balayer et d’approfondire les articles qui semblent les plus pertinents.

Il est en réalité excessivement difficile de centraliser toutes ces informations au même endroit. Les sources peuvent prendre la forme de salons physiques, de conférences, de rencontres, de mailings, de sites internet…

La première des chose est donc de bien définir le temps qu’on souhaite accorder à la veille et de dimensionner le panel de sources en conséquence. Cela faisant, il est intéressant de tester les différentes sources sur une période limitée pour définir celles qui apportent le maximum d’informations pertinentes le plus rapidement possible

Cela étant dit, il existe heureusement plusieurs outils qui font de leur mieux pour faciliter la veille…

 

Les agrégateurs

La solution la plus simple pour centraliser ses sources en ligne est d’utiliser un agrégateur qui récupère les articles récents de différents sites via le protocole RSS. Certaines sites proposent ainsi de récupérer tout leur contenu, le contenu d’une catégorie en particulier ou même de créer des flux RSS sur mesure, par exemple « tous les brevets de la base contenant tel mot dans le titre ».

A titre personnel j’utilise :

  • Feedly, sur mon téléphone mobile, pour suivre les flux qui m’intéressent de manière générale.
  • L’agrégateur RSS fournit avec Outlook pour les flux clef pour mon activité.

Si il s’agit des solutions gratuites les plus populaires, il existe aussi des outils professionnels qui font un peu plus que regrouper des flux RSS. Citons Netvibes (Dassault Systèmes) qui permet d’organiser une veille collaborative à l’échelle d’une entreprise, de nombreux outils d’automatisation et est capable de « moissonner » sur le web des contenus en rapport avec un sujet de veille en particulier.

A noter que Google propose un petit outil bien pratique pour recevoir des mails lorsqu’il enregistre de nouvelles pages en lien avec un mot clef : Google Alerts.

 

Les outils de gestion de liens et d’images collaboratifs.

De nombreuses solutions de gestion des favoris proposent désormais de les partager avec la communauté. Cela permet de créer une veille collaborative autour de sujets ciblées par des mots clefs. Faire bénéficier aux autres de sa veille aux autres permet en échange de découvrir la leur.

j’utilise Pocket, qui a plutôt la cote en ce moment. Il en existe de nombreux autres comme Diigo, StumbleUpon, Scoop.it…

Pour la veille dans le domaine du design et du produit j’utilise Pinterest, qui est presque incontournable. Cet outil permet de stocker et trier des images.

 

Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont devenus incontournables en terme de veille. Au point que certains sites ne proposent même plus de flux RSS et misent sur les visites provenant des réseaux sociaux. Utilisant les flux RSS, je n’apprécie pas beaucoup cette stratégie, mais elle leur permet d’obliger les internautes voir les publicités sur leur site. Le principal réseau social dédié à la veille professionnelle a longtemps été Twitter, mais il s’est largement fait rattraper dernièrement par LinkedIn. Il faut aussi noter que quasiment toutes les entreprise concevant des produits BtoC ont une page Facebook, s’agissant du meilleur outil pour cibler les particuliers. Je suis donc une sélection de pages sur Facebook également. J’utilise parfois Instagram, qui est pertinent pour suivre des événements ou découvrir des produits en image.

Il est important d’identifier les personnes publiant du contenu pertinent (à fortiori les influenceurs) et se limiter (ou de faire des listes) afin de garder un flux clair et contenant de l’information ciblée potentiellement intéressante.

Il faut aussi savoir que ces réseaux sociaux utilisent des algorithmes pour trier le flux d’actualité en fonction des contenus « avec lesquels vous avez le plus de chance d’interagir ». C’est utile pour faciliter le ciblage de l’information mais je trouve intéressant de désactiver ces fonctions de temps en temps pour faire entrer du contenu nouveau…

On peut choisir de faire régulièrement le tour des différents réseaux sociaux ou bien encore d’utiliser des outils comme Hootsuite qui permettent de centraliser plusieurs flux de réseaux sociaux. Personnellement je trouve l’offre gratuite un peu limitée et les tarifs trop élevés pour un particulier mais c’est une très bonne solution si elle est mise en place au sein d’une entreprise.

Je vous recommande la lecture de l’article « Quels outils pour faciliter la veille en ligne ? » sur ce même site pour découvrir plus en détail différents outils de veille personnelle.

 

Les réseaux sociaux d’entreprise

Déployer un réseau social (ou même une simple mailing list pour commencer doucement) au sein d’une entreprise est plus qu’indiqué afin de synthétiser et partager la veille des différents employés.

Les solutions populaires incluent :

  • Les outils basés sur le partage de flux d’information riches, comme Circuit (ex. BlueKiwi) ou Jive. En plus de la veille, ces outils servent de manière générale au partage d’informations au sein des entreprises. Ils disposent de moyens efficaces pour trier les informations afin de ne montrer que les plus pertinentes.
  • Pour ceux qui veulent faire court il existe des solutions de type microblogging comme Yammer ou SocialCast.
  • Certaines entreprises préféreront utiliser les fils de discussion collaboratifs déjà fournis au sein d’autres outils. Par exemple les plateformes de gestion de projets comme Wrike ou Project Place.
  • D’autres entreprises préfèrent utiliser des outils de type Wiki qui permettent de structurer une base de connaissance. Cela peut être parce que l’entreprise utilise déjà ces outils pour gérer des informations comme une documentation produit ou une base de connaissances techniques. Cela peut aussi être le cas des entités spécialisée dans la veille qui doivent synthétiser ces informations de manière claire pour les rendre disponibles ensuite à des clients. les solutions de type « Wiki » incluent Confluence, les sites collaboratifs de SharePoint ou Google. Le Français XWiki propose un des meilleurs Wikis d’entreprise avec quelques bonnes idées pour la veille comme le gestionnaire collaboratif de flux RSS ou un système permettant de créer des bases de données organisées sans avoir à programmer.

 

Et pourquoi pas Twitter/ Bloguer soi même ?

Twitter ou même bloguer soi même présente plusieurs avantages :

  • Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. C’est une excellente occasion pour mieux mémoriser le fruit de sa veille et s’assurer qu’on a bien compris les différents concepts.
  • Publier le contenu de sa veille engendre des réactions qui permettent à leur tour d’enrichir sa veille en apportant de la nuance ou en comprenant le débat qui entour certains sujets.
  • Les tendances se créent en fonction de l’intérêt marqué par les utilisateurs. Les discussions sur les réseaux sociaux font partie des indicateurs et des moteurs importants de notoriété. C’est donc l’occasion de participer…
  • Pour les entreprises, c’est bien évidemment un moyen de gagner de la visibilité pour faire la promotion de ses propres produits.

On peut participer à plusieurs échelles :

  • Via des profils personnels sur Twitter, LinkedIn et Facebook. C’est le plus simple et le plus rapide. C’est aussi sur ces réseaux que se passent l’essentiel des publications. J’utilise beaucoup Buffer qui permettent de publier sur plusieurs réseaux à la fois d’un seul clic et aussi de programmer ses publications. Très pratique pour publier à des heures décentes ce qui a été découvert à des heures indécentes…
  • Créer une page Facebook… Je ne le recommande pas sans avoir d’objectif commercial car Facebook a fait en sorte qu’il soit plus difficile d’obtenir des « J’aime » sur sa page sans avoir recours à la publicité payante. Pour interagir avec d’autres personnes il vaut mieux publier depuis son profil personnel dans des groupes de discussion ciblés comme « Le café de la conception« .
  • En créant un blog de brèves comme AllTrends qui retranscrit les informations qui font les tendances du moment.
  • En créant un blog comme Crea.Coffee ou venant participer sur un blog collaboratif (comme Crea.Coffee aussi) où publier des articles de fond ou des découvertes…

 

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