Et si les réseaux sociaux secondaires s’interconnectaient ?

Tout le monde connait Facebook, le réseau social qui rafle quasiment tous les utilisateurs. Beaucoup de professionnels connaissent LinkedIn, le réseau américain qui est en passe de faire de même pour le monde pro…

Parmi les poids lourds du moment on citera des réseaux comme Twitter -le réseau de la communication instantanée- ou plus spécialisés comme Instagram -dédié au partage de photos prises sur son mobile- et SnapChat -dédié aux médias éphémères.

A coté de ces mastodontes internationaux il existe une myriade de petits réseaux locaux ou secondaires, qui ont souvent bien plus de difficultés à exister. La faute à l’effet de masse critique. Dit simplement : nous avons plutôt envie d’utiliser le réseau social qui nous permet de retrouver un maximum de contacts. La majorité des utilisateurs ont donc tendance à se retrouver sur les mêmes réseaux sociaux. En premier lieu : Facebook et LinkedIn.

 

Cela n’est pas sans poser des questions…

Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a tout d’un gars sympathique, mais il dispose d’un pouvoir d’influence potentiellement énorme. Il faut savoir que Facebook ne nous montre pas par défaut toutes les publications de tous nos amis et pages aimées, mais une sélection basée sur nos actions précédentes et la notoriété des contenus. Depuis l’élection de Trump ce filtre bloquerai aussi les contenus considérés par l’algorithme comme des fausses nouvelles. Notre ami pourrait tout à fait, sans qu’on s’en rende compte, modifier ce filtre pour privilégier la visibilité de certains contenus à des fins politiques.

Sans aller jusqu’aux théories du complot, le fait de n’avoir finalement que peu de choix en tant qu’utilisateur ou client, fait que nous avons peu de pouvoir sur le service. Cela fait 3 fois que je demande à Facebook de pouvoir changer mon nom de page (car le nom de ce site à changé récemment), la demande est refusée sans explications. Ce type de problèmes est malheureusement courant. Il peut concerner des particuliers comme des entreprises…

 

Si on veut rétablir une réelle concurrence, il faut permettre aux réseaux alternatifs d’avoir un poids suffisant. Pour cela, il faut trouver comment contourner le problème de l’effet de masse critique.

 

Prenons un exemple :

Les réseaux sociaux pro secondaire les plus en vue sont en France : Viadeo et en Allemagne : Xing. On retrouvera ce type de réseaux pro local dans beaucoup de pays. On notera d’ailleurs que Viadeo a longtemps été un concurrent très sérieux de LinkedIn en France. Malheureusement il a été rattrapé par son coté national dans un monde de plus en plus international.

Dès lors on peut avoir une idée : et si on fusionnait toutes ces entreprises  qui gèrent des réseaux sociaux secondaires pour créer un vrai concurrent à LinkedIn ? Bon… Cela parait surréaliste tant ce serait complexe de mettre tout le monde d’accord et tout reprogrammer dans le même moule. Et puis comment créer un réseau vraiment ouvert qui réponde vraiment à ces problématiques de monopôle ?

 

En fait les vrais Geeks connaissent déjà l’histoire et ont déjà la réponse au bout de la langue : « Diaspora* ».

Diaspora*, c’est l’histoire de 4 jeunes développeurs qui décidèrent de créer un réseau social décentralisé qui puisse faire collaborer plusieurs entreprises (ou volontaires) à son infrastructure. Ce système permettant à l’utilisateur de choisir qui serait sa porte d’entrée sur le réseau. Chaque entreprise ou volontaire gère un « pod » qui contient les profils de plusieurs utilisateurs (et dont on peut migrer à tout moment) et qui communique avec tous les autres pods. Pour l’utilisateur en revanche, c’est totalement transparent. Il peut communiquer sans limite avec tous ses contacts quelque soit le pod qu’ils utilisent.

Au moment de sa campagne de crowdfunding, le réseau a récolté des sommes astronomiques des professionnels du Web et a enthousiasmé les experts. Pourtant, Mark Zuckerberg n’avait tellement pas peur qu’il leur a donné de l’argent (des sommes conséquentes) via la campagne de Crowdsourcing pour les aider dans leur projet… Et il a eu raison. Mis à part les experts personne n’a rien compris. Le réseau social Diaspora* a tout d’une copie de Facebook, avec les mêmes fonctionnalités, et on vous explique qu’ici vous êtes libres pour d’obscures raisons de « pods » que tout le monde peut créer… Partant de zéro le réseau n’a finalement attiré que des convaincus du système et des fans du logiciel libre.

 

Pourtant il existait depuis le début une autre approche qui aurait changé la donne si elle avait pu être menée à bien… Prendre plusieurs réseaux sociaux secondaires existants et leur permettre de communiquer entre eux de manière transparente. Imaginons qu’on connecte ainsi Xing et Viadeo. Un utilisateur de Viadeo peut alors se connecter à un utilisateur de Xing, chacun voir les actus que l’autre poste sur son propre mur et discuter avec l’autre sans quitter Xing ou Viadeo.

Ainsi il n’y aurait plus de barrière entre les utilisateurs Allemands de Xing et les Français de Viadeo. Avec quelques autres partenaires ces réseaux gagneraient vite une stature internationale. Pour autant les réseaux n’ont pas fusionné, ils se sont simplement connectés, gardant chacun leur entreprise mère et leur bouquet de services spécifiques.

 

Comment serait-ce possible ? Parlons rapidement de technique : avant d’être un réseau de réseaux, Diaspora* est un protocole partagé qui permet à plusieurs réseaux de s’interconnecter. Il existe de nombreux protocoles partagés sur internet, comme le SMTP (Simple Mail Transfert Protocol) qui nous permet d’envoyer des mails depuis n’importe quel logiciel. Permettre à plusieurs réseaux de communiquer via un protocole commun n’a donc rien d’hérétique. Il existe d’ailleurs le protocole XMPP qui permet déjà à plusieurs logiciels de messagerie de marque différente de communiquer entre eux. Les français de Movim l’ont exploité pour créer un réseau social similaire à Diaspora* capable de communiquer avec les autres logiciels basés sur XMPP.

 

Réseau social décentralisé

 

Le gros avantage de fonctionner ainsi est de partir de communautés d’utilisateurs existantes comme Viadeo ou Xing et de leur donner un coup de boost avec une ouverture internationale et en augmentant le nombre total d’utilisateurs connectés pour atteindre la masse critique très rapidement. Avec une communication adaptée et le soutien des grands noms du web qui sont déjà convaincus, cela pourrait rapidement aboutir à un nouveau réseau social libre qui permette une concurrence entre les fournisseurs de service et qui soit ouvert aux associations du logiciel libre.

 

Cerise sur le gâteau, il ne serait plus nécessaire d’avoir un compte pro et un compte perso. Diaspora* avait imaginé un principe pour gérer facilement plusieurs profils et réseaux de contacts (comme les cercles de Google+) depuis un seul compte. Un avantage étant, par exemple, de pouvoir partager un contenu en même temps sur ses cercles pro et perso sans avoir à le poster deux fois. Un autre étant de ne pas avoir à inviter deux fois un ami sur deux réseaux différents. Il suffit de l’inviter une fois et de cocher les deux cercles.

 

Comment en arriver là ? Il est bien évident cette fois que ce nouveau réseau social décentralisé nécessite une volonté commune chez plusieurs acteurs établis. L’idée d’une connexion entre Viadeo et Xing semble pleine de sens. Cela pourrait aussi partir de Google, qui a investit des millions dans son réseau social Google+ avec finalement très peu d’adhésion. Connecter Google+ à d’autres réseaux en ferait enfin un acteur significatif avec un réel intérêt pour les utilisateurs. Cela pourrait aussi partir d’acteurs internationaux du logiciel libre, comme la fondation Mozilla, qui dispose de nombreux contacts et d’une équipe de développement. Elle pourrait convaincre plusieurs acteurs de se joindre à cette démarche…

 

* L’étoile de Diaspora* fait partie du nom, c’est le logo du réseau social.

About the Author:

Crée de nouveaux produits. Blog sur le design, l'industrie, l'innovation...

Laisser un commentaire