On va parler d’un gros objet cette fois…
Vous l’aurez sans doute compris, un bibliobus n’est autre qu’une bibliothèque mobile, aménagée dans un véhicule. Ce concept a permis, et permet encore d’apporter les services d’une bibliothèque dans les villages et les banlieues qui en sont dépourvues, mais aussi pour les occupants de maisons de retraite. On évoque un premier véhicule en Angleterre en 1857 qui déambulait à travers huit villages : il s’agissait à l’époque d’une charrette tirée par des chevaux, à l’initiative de George Moore, président du comité conçu pour diffuser « la bonne littérature parmi la population rurale ».

Un an plus tard, c’est la bibliothèque ambulante Warrington ci-dessus qui fut mise en place par l’Institut de Mécanique du même nom, et ce afin d’augmenter l’emprunt de ses livres… En 1904, des mules tractent à leur tour quelques livres dans le comté de Chester aux États Unis, mais c’est en 1905 que la libraire Mary Lemist Titcomb inaugure la première vraie bibliothèque mobile américaine, permettant l’accès aux ouvrages aux régions éloignées du comté de Washington :

Et la France dans tout ça ? C’est pendant l’entre-deux-guerres que le bibliobus arrive, notamment grâce à l’initiative d’Henri Lemaître. Cet érudit bibliothécaire, fervent acteur de la transmission du savoir fit construire par Renault – et à ses propres frais – cette bibliothèque mobile pouvant contenir jusqu’à 2400 volumes, et présentée en 1931 à l’Exposition coloniale de Paris.

Ce prototype ne fut jamais mis en service… Il fallut attendre deux années supplémentaires pour que le premier bibliobus français roule du côté de Soissons, sous l’égide de Victorine Vérine. L’établissement de son association « La bibliothèque circulante intercommunale » permit le financement du véhicule qui, un an plus tard, enregistrait 3000 prêts, contenait 2000 ouvrages et circulait dans 33 villages. Malgré les dégâts de la guerre, la culture passait ! L’Histoire retiendra par ailleurs que Victorine s’enfuit à bord de ce bus quand survint la Seconde Guerre Mondiale…

Le concept se développa au fur et à mesure des années, en France comme dans d’autres pays, en devenant urbain : au Canada après 1945, en Allemagne et en Suède (1948) et en Norvège en 1955. L’entreprise américaine Gerstenslager fut même spécialisée dans la construction de ces véhicules après la guerre. Le progrès aidant, les bibliobus se modernisent, à l’image de premier modèle valenciennois en 1964 :

Ce modèle dit « bibliobus rayon » est apparu dans les années 60 jusque dans les années 80 : il faisait office de « vraie » bibliothèque, installé dans les cours d’école ou place de village. De nombreux bibliobus « navettes » sont encore en activité aujourd’hui, opérant désormais entre les diverses bibliothèques d’un secteur donné, comme à Lyon ou Dijon.
L’arrivée d’Internet permet la réservation d’ouvrages en ligne, mais aussi d’autres supports : livres à gros caractères, livres audio, ebooks, DVD… Les bibliobus deviennent même « verts » :

Ainsi, à l’image de ce modèle équipé de panneaux solaires, d’un moteur biodiesel et de moquette recyclée, certains fabricants ont pensé à réduire l’impact environnemental de ces véhicules, qui continuent d’entretienir le lien à la culture. Demandez à vos grands-parents…

Une histoire racontée par Johann Paquelier.